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Aquaponie de la civilisation Maya

Entre -2.600 et 1.500 après Jésus-Christ, la civilisation maya prospérait dans toute la péninsule du Yucatan, au Mexique. Soit 4600 ans d’histoires, et durant la période classique (entre le VIe et le IXe siècle), la cité de Tikal était l'une des plus importantes et des plus puissantes. Elle comptait plusieurs dizaines de milliers d'habitants. Pour survivre, les Mayas de la cité de Tikal devaient stocker beaucoup d'eau potable. Or, avec un climat tropical et des moussons importantes, ce n'était pas une mince affaire. Mais les Mayas ont mis au point un système de filtration ingénieux qui assurait la propreté de leur eau. Ils utilisaient un mélange de zéolite et de quartz pour la filtrer. C'est le plus ancien système de filtration connu que des chercheurs de l'université de Cincinatti ont décrit dans une publication parue dans Scientific Reports.

Un mélange de minéraux pour rendre l'eau potable Les archéologues se sont intéressés au réservoir de Corrential à Tikal, le plus important de la cité, d'une contenance de 58 millions de litres. Ils ont prélevé et analysé des sédiments qui reposaient au fond de ce réservoir avec une technique de diffraction des rayons X. Ils ont identifié un mélange d'environ 50 espèces différentes de zéolites, d'une taille comprise entre 0,5 et 2 millimètres, et des grains de quartz automorphe aussi fins que du sable. Les zéolites sont des aluminosilicates dont les pores mesurent entre 3 et 4 angströms. Ils sont donc capables de capter les micro-organismes et tous les composés organiques et inorganiques qui rendent l'eau impropre à la consommation. Ils sont aussi non-toxiques pour l'être humain. Comment fonctionnait le système de filtration à Tikal ? Les archéologues ont établi un système de filtration hypothétique en se basant sur leurs données. L'eau passe par le mélange de zéolites et de quartz qui est lui-même maintenu entre deux petates, une natte tissée faite à partir de feuilles de palmier. Elle subit ensuite une deuxième filtration en passant entre des pierres calcaires avant d'être consommée. Ce système a fourni de l’eau aux habitants de Tikal pendant environ 1.000 ans.

Les Mayas, les Aztèques et l'aquaponie
Leurs lacs d'eau douce étaient entourés par des marais et de hautes collines qui posaient problèmes et limitaient les possibilités pour cultiver de la nourriture. ... Certains affirment que les Mayas avaient également recours à cette façon de cultiver avant les aztèques. Lorsqu’on recherche l’historique de l’aquaponie, on revient souvent à des modèles d’agriculture très anciens. Le point commun de ces approches est l’idée d’utiliser l’extraordinaire efficacité des écosystèmes aquatiques naturels pour en tirer une récolte. Jetons un coup d’oeil sur deux d’entre elles particulièrement inspirantes.
La polyculture carpe-riz dans les rizières chinoises
On trouve des traces d’aquaculture en Chine il y a plus de 2500 ans. C’est tout naturellement que la polyculture carpe-riz s’y est développée. Le principe : introduire des poissons dans les rizières pour le bénéfice mutuel des deux.

Le riz densément planté apporte un abri aux poissons par rapport aux oiseaux prédateurs.

Les chinampas au Mexique
A l’époque précolombienne, sur les territoires de l’actuelle ville de Mexico, vivait une civilisation florissante de personnes en bonne santé avec une population très importante. Des millions de personnes vivaient sur ces hauts plateaux, en bordure des lacs d’altitude, avec des villes bien plus vastes que les capitales européennes de l’époque. Les aztèques, bien qu’ils la connaissaient n’utilisaient même pas la roue, et lui préféraient le bateau !  Le circuit court était la règle à l’époque.
Une des clés majeures de leur prospérité résidait dans leur agriculture bien particulière qui leur assurait un approvisionnement stable et abondant au cœur de la ville. Les aztèques avaient développé une techniques redoutablement efficaces basée sur l’écosystème aquatiques des lacs : les chinampas.

L’idée était de créer des structures qui permettaient d’établir de petites iles artificielles cultivées. Celles-ci étaient régulièrement amendées par l’apport en nutriments des boues riches du fond du lac. Ces boues elles-mêmes provenaient tout simplement des activités biologiques et de la dégradation de matière organique de l’écosystème aquatique : feuilles d’arbres, insectes, fèces de poissons. Également, les chinampas bénéficiant d’une irrigation permanente par capillarité à travers leurs côtés. Avec cette technique, les chinamperos étaient capable de faire jusqu’à 7 récoltes au même endroit dans l’année ! (Source : Chinampas, par Alfred Aghajanian, Indo-European Publishing)

J’ai eu la chance de pouvoir aller moi-même à la recherche de ce qui subsiste aujourd’hui des chinampas autour de la ville de Mexico. J’ai interviewé des chinamperos et vu la manière dont ils cultivaient encore selon ces méthodes ancestrales. Le chiffre de 7 récoltes à l’année au même endroit reste valable aujourd’hui, et les plantes cultivées selon ces méthodes organiques se vendent bien. Cependant, l’expansion de cette énorme ville tentaculaire qu’est Mexico a malheureusement largement pollué les eaux et repoussé les chinamperos dans des recoins reculés. Comme dans beaucoup d’endroits dans le monde, l’expansion des population urbaines entraine une compétition pour la terre entre le logement et l’agriculture. Pas sûr que les chinampas subsistent encore longtemps autrement que comme une attraction touristique.

Une évolution de ces techniques ancestrales avec nos moyens modernes.
L’aquaponie est en fait l’héritière de ces techniques ancestrales.
Comme elles, elle est basée sur quelques principes simples :


Quelques apports des technologies d’aujourd’hui nous permettent d’aller encore plus loin :

Les moyens modernes de mesure de la qualité de l’eau nous permettent de comprendre ce qui s’y passe et d’accompagner encore mieux les processus naturels à l’œuvre.
On peut espérer que des techniques qui ont pu nourrir des millions de personnes depuis très longtemps puissent continuer à le faire aujourd’hui pour une population sans cesse grandissante.
L’apport non négligeable de technologies simples, sobres, et efficaces peut nous permettre d’adapter ces techniques aux contraintes modernes, sans en dénaturer l’esprit.
L’aquaponie, c’est en quelque sorte une manière moderne de réinventer des méthodes ancestrales pour produire une nourriture saine et abondante !

Pour l’agriculture urbaine, ça y est, les institutions sont prêtes ! La ville de Paris a dévoilé en avril 2021 un appel à projet nommé Parisculteurs proposant 47 sites pour un total de 5,5 hectares de végétalisation urbaine. La vraie bonne nouvelle, c’est que 29 de ces sites sont ouverts plus spécifiques à la production agricole en ville. Un vrai coup de boost pour l’agriculture urbaine ?
La multiplication des projets d’agriculture urbaine
Le précédent appel à projet d’urbanisme « Réinventer Paris » a rencontré un gros succès avec 372 projets proposés pour 23 sites ! La quasi-totalité de ces projets proposait un espace végétales dédié à la production alimentaire. L’agriculture urbaine aurait-elle le vent en poupe ?
Trouver une technique de production adaptée à chaque site est un défi. Nous savons que l’aquaponie est particulièrement adaptée à une une culture efficace en milieu urbain. Et la deuxième bonne nouvelle, c’est que la ville de Paris aussi ! L’aquaponie est en effet explicitement citée comme une technique pertinente, et des projets d’aquaponie urbaine bien construits recevront forcément un accueil favorable.

Ensoleillement
Pour avoir de belles productions en ville, il est capital de choisir un site possédant un bon ensoleillement. Exit les orientations nord ou les masques solaires proches telles que des grandes tours qui occultent le soleil une trop grosse partie de la journée. L’éclairage artificiel ne semble pas faire partie du domaine du possible non plus dans l’appel à projet (ce dont je me félicite).
Capacité de portance du sol ou toit
Cette donnée est explicitement disponible pour la plupart des sites. Et plupart des sites nécessitent de faire de la culture hors-sol ce qui veut dire amener un substrat, ou de l’eau. Selon la technique choisie, la charge est plus ou moins importante, mais le besoin de portance reste élevé. Surtout pour de la culture en eau profonde, celle qui a ma préférence pour sa belle inertie thermique favorable à la stabilité thermique. Une capacité mini de 350kg/m2 laisse de la latitude de ce côté là.
Règles d’urbanisme et accessibilité au public
La possibilité de faire accéder le public (normes ERP) permettrait de diversifier les revenus de l’installation, en ajoutant à la production de légumes des visites pédagogique ou des formations à l’aquaponie sur site !
Enfin, une installation d’agriculture urbaine nécessite des investissements relativement lourds par rapport à une culture de plein champs. On aurait envie de la rendre la plus efficace possible ! Et l’abriter dans une serre serait très certainement favorable (même si on peut aussi faire sans). Les règles d’urbanisme peuvent être un frein à cela…